Conte 2

Il était une fois…un jeune et glorieux chevalier. Connu de part le monde, ses exploits faisaient les joies des banquets. On disait de lui qu’il était le plus grand, le plus fort. Les femmes s’évanouissaient rien qu’à sa vue. Il aurait gagné tous les tournois, battu les plus grands, remporté les victoires les plus sanglantes contre dragons et monstres hideux. Son épée adorée était féroce, mordante au gré de son bras vigoureux. Rien ne lui résistait.

Le chef d’un petit village entendit parler de ce chevalier célébré, fêté à chaque libération de cité, défaisant le joug d’une poignée d’hommes armés et sans pitié. Mais lui ne croyait pas aux valeurs guerrières, seulement à la paix, cette sérénité de l’âme. Il lui fallait donner une leçon à cet homme, image de la brutalité, détruire son influence afin, peut-être, de rétablir le silence de part le monde.

Des hérauts, messagers d’un petit village, recherchèrent en vain le chevalier. Il était partout et nulle part. Quand sa piste était retrouvée, déjà son destin le menait vers d’autres batailles, d’autres victoires. C’est au cours de son périple que ses pas le dirigèrent naturellement vers le petit village où régnait une chaleur humaine dont il n’avait plus guère l’habitude. Son entrée suscita tous les regards. Un cheval noir magnifiquement monté par un cavalier en armure dorée. Un heaume travaillé par les nains les plus habiles redessinait le visage de cet homme. Une cuirasse solide habillait un corps musclé et généreux. Toutes se pâmèrent devant lui, ce qui inquiéta fort le chef du village qui ne souhaitait qu’une quiétude méritée. Le bruit assourdissant, vacarme tonitruant d’une centaine de personnes tergiversant sur cette apparition, couvrit une petite voix qui réclamait le SILENCE ! Le chevalier leva alors le bras et d’un geste autoritaire calma cette cacophonie. Devant cette étourdissante sonorité, une phrase étouffée dans une aphonie, un filet de voix perdu dans une gorge embrumée perça ce bruit inventé : « Silence, silence, je vous demande le silence ! » Le chevalier descendit lentement de son fier destrier. Une majesté enveloppait chacun de ses gestes, tout en lui était lumière. Il se dressa devant la foule, souleva son heaume, dévoilant un visage d’ange auréolé d’une couronne brunie et émit un son divin de son organe de ténor : « Je vous présente mes excuses pour cette arrivée bruyante. »

Changement brutal d’opinion face à l’imposante armure. Cette chose avait donc une âme ? Etrange pensée, fugace idée. Il ne t’aura pas. « Jeune chevalier, je suis heureux que tu aies reçu mon message. Tu as l’air étonné de mes paroles. Serais-tu venu par un heureux hasard ? Alors c’est le destin qui as mis notre village sur ta route. C’est donc que nos épreuves tu devais subir. Je voulais te lancer un défi. Trois étapes à franchir et tu auras ce que tu désires le plus au monde.

- Tu ne peux assouvir cette soif, vieux sage. Ma quête est hélas impossible. Je ne suis à la recherche de rien de précis, je n’attends rien, je ne prends que ce qui m’est offert. Mais je ne recule jamais devant un affront. J’accepte de bon cœur le défi. »

Etrange personnage. Valeureux, ténébreux et sage, loyal, glorieux. Regrets de l’humilier bientôt ? Non, il faut en passer par là pour retrouver la tranquillité. Un banquet pour fêter l’acceptation des épreuves, un bonheur pour le dernier jour de cet homme en tant que guerrier, des danseuses éblouissantes pour énerver ses ardeurs, des mets succulents pour assouvir ses passions et enfin, sommeil mérité afin d’être digne et reposé pour le lendemain.

Seul face à ses rêves, l’épreuve commença. Une énigme à résoudre pour affronter sa plus grande peur. Figé, tétanisé par une angoisse irrationnelle, une voix psalmodiait une ritournelle stupide : « Danse petite peur, parcourt ces veines d’un froid glacial, rapproche-le de la mort. Réponds à cette question et tu seras libéré. Je suis Sophie mais je ne suis pas Sophie, qui suis-je ? » Réponse évidente, criée par un homme intelligent et réfléchi : « Tu es son chien ! » Réveil fulgurant.

 

Deuxième épreuve. Pieds et poings liés sur un trône boisé, il assistait à des scènes déchirantes. Un homme battait sa femme avec une brutalité évidente. Un autre torturait avec délices des enfants à l’aide d’un tisonnier. Un troisième enfin mangeait des restes humains d’une manière ogresque. Emotions insoutenables, rage folle incontrôlable. Il ne put que rassembler sa fureur, se contraignant à un calme foudroyant. Une puissance banda ses muscles, une force cassa ses liens le libérant de son faix. Il put ainsi combattre ses hommes-ennemis, aidant des âmes faibles, secourant la veuve et l’orphelin. Une maîtrise parfaite de ses émotions lui permit de remporter la deuxième étape.

 

Troisième et dernier obstacle. « Entre dans cette grotte et affronte un univers inconnu pour une âme égarée comme la tienne. »

Entrée sombre, ouverture étroite, puis sentiment de liberté intense. Un espace féerique, une lumière étonnante, impossible. Une femme assise, dos tourné à notre héros, encombrait cette plaine étrange. Sa seule présence imposait une sérénité sauvage. Une longue chevelure brune protégeait un corps dénudé, laissant juste entrevoir des épaules magnifiques. Que faire ? Lui parler et rompre cet instant hors du temps ? Impossibilité d’action, force impuissante, pourra-t-il découvrir le visage de cette apparition ? Ridicule gêne, touchante passion, battement de cœur étourdissant. Un rythme envahit cette grotte sans limites, faisant résonner ces murs invisibles. Une impulsion de l’âme emplit les profondeurs de cette antre protectrice. Un chant mélodieux réchauffa cet endroit étrange, s’insinua dans chaque parcelle du corps féminin. Un frémissement. Un réveil passionné. Des bras musclés et dénudés enserrèrent une jeune femme enfin attirée par un sentiment pur. Allongés sur un matelas de fleurs, ils laissèrent leurs pulsions s’évanouir.

Au sortir de cette enveloppe protectrice et enchanteresse, une haie d’honneur attendait ces deux êtres. Le village tout entier réuni, attendant l’issue de cette histoire. Incompréhension du chef devant ce spectacle étonnant : la grâce et la brutalité personnifiée formant un couple parfait de beautés évanescentes. Double questionnement lorsque le chevalier mit un genou à terre, s’humiliant devant ce vieil homme arrogant : « Je te remercie sage homme pour ton présent. Je suis enfin un tout grâce à toi. Ma quête est achevée au moment où je n’en avais plus espoir. Accepte donc mon humble soumission, mon respect réel pour ta sagesse et ton dévouement au silence, cet instrument intemporel et profond de sérénité. »

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