Les petites bêtes

C’est d’abord la découverte d’un corps, une femme qui pleure devant son mari mort. A 1h du matin, le téléphone met fin à mes cauchemars. Je suis obligé de me vêtir, les yeux encore un peu embrumés, je pars voir un spectacle qui me fait oublier mes rêves sinistres. Le lieu du crime est une maison dans un quartier plus qu’honnête. Deux voitures de police sont là, ainsi qu’une ambulance. Un ruban jaune délimite déjà la zone à protéger. J’emprunte l’allée rocailleuse et entre dans un grand hall. Le travail commence…Un rapide coup d’œil me permet une représentation panoramique de l’espace, lieu temporaire de mon foutu boulot. Une pièce moderne et spacieuse. Un grand canapé vert avec ses fauteuils jumeaux au centre de la pièce. Trois portes-fenêtres éclairent la pièce, l’une d’elle est entrouverte.

Le cadavre gît là, sur le sol, près du canapé. Une lampe renversée près de lui, comme s’il avait voulu attrapé une arme pour se défendre contre un éventuel ennemi. Le corps, est-ce bien le mot ?, est habillé d’un vieux pyjama rayé bleu et blanc. En soulevant cet attirail de nuit,…Comment expliquer…La peau n’est plus que l’enveloppe qui recouvre le squelette. Les os se voient au travers comme en plein jour. Comme si le sang de cette chose qui avait été humaine avait disparu, aspiré par je ne sais quoi. Un être momifié, sans utilisation de tous les artifices égyptiens. Des piqûres d’insecte se retrouvent partout le long de son corps : le coude, le genou, le cou, le visage. Etendus près de cette chose morte, vingt insectes d’une dizaine de centimètres, tout noirs, ressemblant à d’énormes moustiques.

 

La veuve attend dans la cuisine, secondée par des policiers femmes qui essaient de calmer sa crise de larme. Elle a découvert le corps et appelé la police. Son mari faisait de l’insomnie et restait souvent tard devant la télé. Elle montait la première, réchauffait la place et laissait filer les heures. Vers 1h du matin, elle était descendu le rejoindre. La télé était encore allumée, les lumières éteintes, personne dans le canapé. Inquiète, elle avait cherché la lampe près du canapé, chuté sur une masse lourde…Son mari. Un cri…Elle alertait les flics.

 

Le voisinage n’a rien vu, rien entendu. A part ce clochard éméché : un gros nuage noir s’était dirigé tout droit sur la maison et y avait pénétré comme aspiré par la fenêtre.

 

L’autopsie du mort nous donnait d’étranges résultats. Cet homme était mort d’asphyxie. Son corps avait été rongé par de l’acide nitrique directement injectée dans le corps via de la salive d’insecte agrémentée d’une piqûre dudit coupable…et de fluor. Bêtement, je pensais que cet élément chimique ne servait qu’à nous protéger des carries.

 

Un deuxième mort. A 10 km de notre première victime, en direction du sud. Des badauds tout autour de la scène de crime, en pleine rue. Une odeur pestilentielle, mélange d’acide et de crasse, flotte dans l’air. Le corps : des os disposés par terre retracent la forme d’un squelette, recouvrant la chaussée. Une vingtaine d’insectes morts à ses côtés…semblables à ceux retrouvés près de la première victime. Les témoins de ce carnage décrivent un énorme bourdonnement suivi par un nuage de gros insectes. Le plus étrange étant que ce nuage a littéralement englouti ce pauvre homme en dédaignant tous les autres êtres alentours.

 

D’où viennent ces insectes ? D’après leur code génétique, ce sont des néoptères oligonéoptères de la lignée des diptères, autrement dit des moustiques. Ils présentent aussi des allèles proche de ceux de l’abeille. Après dissécation, l’abdomen renferme une poche, lieu de transformation de l’alimentation. Un dard prend aussi naissance chez cette espèce. Celui-ci contient un mélange de fluor et d’acide nitrique qui peut expliquer l’asphyxie chez nos victimes, ainsi que la disparition des chairs.  Pour éliminer ces insectes, il faudrait être capable de trouver le lieu où ils résident et assécher alors leur habitat ou créer une sorte de prédateur. Ne connaissant l’origine de cette espèce et au vue de l’urgence de la situation, il est évidemment à envisager une destruction systématique des lieux de prolifération.

 

Troisième cadavre. Quatrième cadavre. Cinquième cadavre…

 

Les journalistes ne parlent plus que de ces morts mystérieuses. Un nuage d’insecte a enfin été repéré et détruit. Plus de cadavre, l’histoire est oubliée. La mort du Docteur Tom Wildley passe inaperçue dans le flot continu d’informations. L’éminent généticien de 57 ans avait fait scandale pour ses essais de croisement génétique sur les insectes en 2005.

 

Tom Wildley. J’avais pris contact avec lui avant sa mort. Je viens de recevoir son journal au courrier de ce matin.

 

« 11 mars : le croisement entre l’abeille et le moustique a parfaitement fonctionné. Les larves réagissent bien.

14 mars : les larves grandissent. On peut observer un phénomène étonnant. Le code génétique du moustique est largement plus présent que celui de l’abeille. La taille semble correspondre à celle de l’abeille.

20 mars : premiers essais avec le fluor. L’injection est faite.

21 mars : nos hybrides ont parfaitement intégrés le fluor. Ils ne paraissent pas en souffrir comme l’homme. Observera-t-on des troubles respiratoires sur nos cobayes ?

3 avril : une souris est mise dans la serre. Elle est morte au bout de 20 s. Les hybrides se sont agglutinés dessus.

5 avril : essais avec l’acide nitrique sur le deuxième panel d’hybrides.

10 avril : essai réussi. Les deux espèces se mélangent sans aucune difficulté.

14 avril : les hybrides se nourrissent exclusivement de mammifère.

20 avril : nous ne sommes plus financés pour nos recherches. Je dois tout arrêter.

22 avril : mon assistant est mort. Ils m’ont épargnés, mais il est mort. Ils se sont échappés. Je dois trouver une solution.

25 avril : j’ai disséqué les mutants. Une poche au niveau de l’abdomen transforme le sang humain. Analyse du sang de mon assistant : il présente une anomalie génétique récessive. C’est sans doute cette différence qui m’a sauvé.

26 avril : un cadavre a été retrouvé. Au vu de la distance parcourue, je pense qu’ils ont trouvé un lieu pour proliférer. Un marécage a été repéré.

27 avril : c’est certain maintenant, ils obéissent à une reine. Nous allons pouvoir les détruire. Je regrette de les avoir créé. C’est une arme totalement imprévisible… »

 

Même si je suis certain qu’aujourd’hui tous ces « mutants » ont été éradiqués, il n’en reste pas moins qu’une arme a été créée et que son créateur s’est laissé dépasser par les événements. Tom Wildley s’est suicidé, incapable d’assumer les conséquences de ses actes. Je suis toujours à la recherche des commanditaires de cette expérience…

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