Quel manque de peau !

Je suis croque-mort. J’aime mon métier, bien plus humain que ce que l’on pourrait penser. Je dois préparer les corps, faire en sorte que la mort devienne belle à voir, faire illusion. Mon entreprise a toujours bien fonctionné, je ne manque pas de clients…

Je ne m’attendais pas, un jour, en préparant une femme âgée d’une soixantaine d’année, à faire une curieuse découverte sur son corps .  Un carré de peau de 15 cm de long avait été découpé et remplacé par une plaque métallique. Sans doute une nouvelle découverte scientifique en était-elle la cause.

Une semaine plus tard, une jeune fille de 16 ans présentait la même caractéristique. Puis ce fut une femme d’une quarantaine d’année.

Je me renseignais auprès de médecins et de journalistes pour savoir si on ne faisait pas des dons de peau en échange d’argent ou si une maladie pouvait justifier la pose d’une plaque métallique. C’était en fait LA nouvelle mode, le Must-Have du moment, une simple histoire de futilité narcissique.

Je ne comprenais pas ce qui pouvait pousser la gent féminine à sacrifier une partie de peau, et à l’échanger contre du métal. Harry Smith était le créateur de génie de cette nouvelle mode. Je pris contact avec lui.

C’est un homme de 32 ans que je rencontrais. Sportif, souriant, charmeur. Un public féminin peu confiant en son pouvoir de séduction ou en recherche constante de la perfection anatomique devait forcément succomber à son charme. Il savait y faire. Son discours était rôdé. Dans une période de l’éphémère, de mercantilisme, de superficialité, il proposait aux femmes de se magnifier pour l’éternité. Qu’une partie d’elle-même persiste à jamais. Qu’une perte minime les transforme en icône de la mode.

Sans doute étais-je hermétique à ce genre de beauté. Une question seule me taraudait : que devenaient les carrés de peau ?

A ses heures perdues, ce fana de l’esthétisme était aussi taxidermiste. Son désir de porter l’art à un niveau supérieur l’avait conduit tout naturellement vers la création d’une œuvre qui devait lui apporter les louanges de ses confrères. Il lui suffisait juste d’obtenir des carrés de peau. Ceux-ci devaient avoir toutes les couleurs et les textures possibles afin de sublimer au mieux son travail. Pour obtenir un panel suffisant, il avait trouvé cette idée géniale : convaincre le maximum de femme dont la peau était délicate et particulièrement agréable à travailler à lui céder une partie d’elle-même.

C’était un travail magnifique de morbidité que j’eus la chance de voir. Tous ces carrés de peau magnifiés par un expert du paraître, assemblés les uns avec les autres. Le résultat était unique. Une couverture humaine, une œuvre d’art inestimable, un patchwork d’une grande beauté.

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