Conte de Noël

L’Horrible, la Solitaire, la Sorcière, tels étaient ces sobriquets. Elle pouvait sembler jolie, délicate, douce lorsqu’on la croisait dans la rue, sans prêter vraiment attention à son visage. Mais un seul regard plus appuyé et un sentiment de mal-être vous imprégnait tout entier. Son regard était vide d’expression, ses traits étaient lisses, intraduisibles. Une morte-vivante gambadait dans les rues, allait travailler, entrait dans les magasins et laissait planer cette désagréable sensation d’étrangeté, d’effroi, un pressentiment de malheur.

Un jour de promenade ordinaire, le visage fermé, les pensées encadrées. Une bulle a éclaté sur son manteau. En cherchant du regard la source de cette perturbation, elle vit un petit garçon. Celui-ci soufflait dans un appareil à bulles après l’avoir plongé dans le savon. Une bulle, une autre, encore une autre. Elles suivent leur chemin, portées par le vent. Une jolie ribambelle d’arc-en-ciel. Le petit garçon est tout sourire, il cherche à les attraper, les regarde émerveillé. Un sourire s’esquisse doucement sur les lèvres de la jeune femme. Le petit garçon la regarde et partage ce moment avec elle le temps de compter deux secondes, puis il s’en retourne dans son jeu merveilleux.

Une odeur, une douce odeur de crêpes vient s’immiscer dans ses narines. Elle s’est approchée l’air de rien du marché de Noël. Attirée par le bruit, par la foule, par les odeurs, par les couleurs. Une odeur de vin chaud, de chocolat, de barbe-à-papa. Des enfants joyeux qui attendent leur tour de manège. Une petite fille timide qui cherche à s’approcher du Père-Noël. Des discussions simples, l’oubli des malheurs quotidiens, des petites joies. Le sourire de la jeune femme s’agrandit, elle se sent bien, apaisée.

Un flocon léger, blanc s’est accroché sur sa manche. Un second, un troisième…il neige. Un manteau blanc se dessine doucement, recouvre les toits des maisons et des voitures. Les enfants se précipitent, amalgament en de jolies boules ce beau tapis. Leurs rires joyeux résonnent, cette musique chatouille les oreilles, fait de nouveau s’élargir le sourire de la jeune femme.

Le 24 décembre, la veille de Noël. Le sourire s’attriste, se sent seul. Les yeux rougissent, se sentent tristes. Le visage de la jeune femme n’est plus effrayant. Il exprime les émotions du monde, la solitude, l’apaisement d’une belle journée.

Un groupe de personnes chante, une chorale de Noël. On lui propose de venir, de chanter, de déguster du vin chaud, de se réchauffer le cœur, de participer à un repas bienveillant pour ce soir. La jeune femme se sent bien, entière, elle savoure cette magie du jour et commence à créer des liens nouveaux, à ouvrir ses yeux, à intégrer ce monde plein de saveurs et de surprises.

Un petit être est niché sur la branche d’un arbre. Il couve du regard la jeune femme. Le cri était si déchirant, si puissant qu’il avait traversé les rivières, les montagnes, les océans, les mondes. Une simple petite pluie, une simple petite bulle qui avait frôlé son manteau, une goutte de chaleur, une pincée d’amour, un soupçon d’émotions et le cri avait disparu. Le petit être est heureux.

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