Corps morcelé

Le cerveau est un organe, un muscle plein de saveur et de complexité. Il est capable de donner des ordres vers chaque parcelle du corps. Il suffit de souhaiter saisir un objet pour que les influx nerveux déplacent le bras, visualisent l’objet, crispent les doigts. Marcher devient presque un automatisme. Respirer, digérer se font inconsciemment.

Il serait presque possible de dessiner chaque partie de notre corps au niveau des lobes (pariétal, frontal, occipital…). Le corps est ainsi représenté dans son intégralité, suivant les connexions neuronales nécessaire au fonctionnement de chaque organe.

On peut supposer qu’une cartographie globale soit accessible pour que l’être humain se sente unifié dans sa propre enveloppe. Qu’arrive-t-il lorsque cette cartographie est erronée, que les liens évidents entre la main, le bras et l’épaule ne parviennent pas jusqu’à notre conscience ?

N’est-ce pas pour cette raison qu’un membre amputé devient un membre fantôme, encore reconnu sur notre cartographie corporelle intégrée depuis notre naissance ? Qu’un membre puisse nous sembler étranger suite à un choc neurologique, soudain absent de notre cartographie erronée ? Que notre corps puisse être ressenti comme morcelé ? Chaque morceau étant indépendant des autres, vivant dans sa propre logique de fonctionnement, sans être mis en corrélation avec les différents influx nerveux qui lui permettent d’agir. Quelles terribles angoisses sont alors générées, si ce corps-enveloppe ne nous contient plus, chaque parcelle étant son propre maître, chaque ressenti ne pouvant être relié à la source du stimulus initial. C’est ainsi que les angoisses psychotiques et autistiques peuvent être en partie appréhendées : non seulement le corps est morcelé, mais il faut aussi y rajouter le corps morcelé de l’autre, qui parfois de sa main vient toucher ce déjà inconnu corporel.

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