Psychanalyse d’un conte de fée moderne : STAR WARS, épisode IV, V et VI

Après avoir lu La Psychanalyse des contes de fée de Bruno BETTELHEIM, je regarde maintenant la saga Star Wars sous un jour nouveau. Pourquoi tant de générations se succèdent et sont toutes autant attachées à cet univers particulier ? Pourquoi cette passation, cet héritage oral ? Pourquoi des relectures différentes suivant l’âge auquel nous regardons les différents épisodes ?

J’affirme que Star Wars est un conte de fée. Nous l’apprenons d’ailleurs tous dès la première image, dès la première phrase : « Il y a bien longtemps, dans une galaxie très, très lointaine… ». Autant commencer par « il était une fois… ». Quand, où ? Peu importe. Seule compte l’histoire et les angoisses qu’elle va nous aider à affronter.

 

De nombreux thèmes liées à la psychanalyse y sont développés : la figure paternelle et la période œdipienne, la figure maternelle et la période œdipienne, les périodes de latence de l’adolescence, l’individualisation, la fixation à un stade infantile, les épreuves pour grandir et s’autonomiser, le fantasme incestueux, les épreuves de la force morale…

 

Quels sont les personnages masculins que nous retrouvons, dignes représentants de la figure paternelle ? Dark Vador, Jabba le Hutt, l’Empereur, Obi-Wan Kenobi, Maître Yoda. Quels sont leur rôle ?

Dark Vador est celui qui est resté fixé à un stade infantile. Il n’a pas réussi à s’individualiser, à trouver la force d’agir. Il a préféré subir l’autorité paternelle de l’Empereur. De ce fait, il a échoué dans son parcours d’individualisation. Il est alors représenté comme un personnage animal, sans visage, sans personnalité réelle. Il suit son Maître, n’ayant jamais fini sa formation, éternel Padawan.

 

Jabba le Hutt est un monstre, au même titre que les ogres ou les géants des contes de fée. Il représente le combat de la princesse Léïa pour se détacher de son conflit œdipien, de son attachement au père. Petite chose docile au pied du monstre, affublée d’une tenue connotée sexuellement, aucun doute n’est laissé quant à la relation de Jabba et de Léïa. Aucun prince ne vient sauver Léïa de sa situation. C’est uniquement par son action, sa décision qu’elle se débarrasse du monstre. Elle tue la bête, elle étouffe cette relation destructive. Par ses actes, elle rejoint son prince Han Solo. Elle est maintenant prête à commencer une relation affective et sexuelle avec ce représentant masculin distinct de son père. Elle s’est affirmée, sa personnalité est complète.

 

Le parcours du héros, Luke Skywalker, est jalonné de terribles épreuves. C’est seulement une fois toutes ses épreuves réussi qu’il pourra s’affirmer en tant qu’individu. Il est tout d’abord obligé de quitter son foyer, qui est détruit. Plus rien de sécurisant ne l’attend, ne le retient. Il suit son premier guide, Obi-Wan Kenobi, une figure paternelle bienveillante, son premier maître. Puis, il suivra Maître Yoda. Ce qui le mènera ensuite à affronter le dernier Maître : l’Empereur.

 

Le chiffre trois est très présent durant tout le cycle Star Wars qui se déroule sur trois épisodes. Luke a été élevé sur Tatooine, une planète de sable, liée à l’élément Terre. Il va ensuite se former sur le système de Dagobah de Maître Yoda, où l’élément eau est particulièrement présent. Puis, il affronte son père dans la cité des Nuages administrée par Lando Calrissian. L’élément air est ainsi présent. Les trois éléments terre, eau et air sont généralement associés au je, sur-je et ça en psychologie. Luke Skywalker affrontera par trois fois Dark Vador, avant de pouvoir affronter l’Empereur. Ce sera d’abord l’épreuve de la caverne. Lui est imposé alors l’image de Dark Vador. Pris de peur, incapable de se contrôler, il combat ce monstre. C’est une première leçon difficile puisqu’il découvre alors son image. Celui qu’il a affronté c’était son je, encore infantile, qui n’a pas encore intégré les différents pans de sa personnalité. Le deuxième combat lui est encore une fois imposé. C’est aussi celui où il apprend qu’il est en train de combattre son père. Il s’agit alors de l’intégration de son sur-je, de ses lois. Puis vient le temps où il se sent prêt et décide pour la première fois d’affronter Dark Vador. C’est l’intégration du ça, l’acceptation de son inconscient. Il n’est cependant pas encore individualisé. Il lui faut encore se séparer de son père et de l’histoire familiale. Seul le contrôle de ses actes et de ses pulsions lui permettra de se connaître et d’évoluer à un stade supérieur.

Nous arrivons alors aux trois épreuves qui caractérisent la force morale du héros. Durant cette dernière rencontre avec Dark Vador, il est bien entendu que c’est l’Empereur qui dirige le combat et impose les épreuves. C’est tout d’abord l’abandon du père, qui ne protège pas son fils, mais le fait arrêter pour l’amener jusqu’à l’Empereur. Dark Vador n’est plus alors une représentation du père, mais bien un double de Luke Skywalker, la lutte entre le bien et le mal, entre celui qui agit et celui qui subit. Luke Skywalker affronte ensuite l’acceptation de la mort de ses amis, ses pulsions de mort, l’acceptation du principe de réalité. Pour finir, le moment où le combat psychologique atteint son paroxysme est bien évidemment celui qui porte sur la protection de sa sœur. Léïa étant la seule représentante féminine, la relation œdipienne s’est transformée en relation frère-sœur. Il s’agit ici de se séparer de sa mère, des relations incestueuses, d’accepter la séparation de la mère et du fils. C’est seulement à ce moment que Luke Skywalker arrive à un stade de développement supérieur, où le je, le sur-je et le ça sont complémentaires. Par effet rebond et miroir, Anakin Skywalker se sépare enfin de son maître, il obtient ainsi un visage et une individualité. Le stade adulte est acquis.

 

Lors de la dernière rencontre entre Dark Vador et Luke Skywalker, il est dit que Luke a terminé sa formation de Jedi. Son initiation a commencé avec Obiwan, suivie ensuite par Maître Yoda. Il n’est pas expliqué clairement comment Luke s’est ensuite formé. Il s’agit du moment de la cryogénisation de Han Solo. Ce qui est sous-entendu alors, c’est qu’il s’agit de la période de latence de l’adolescence, celle où l’enfant s’endort, stagne, apprend. Au moment où Han est sauvé, Luke est prêt à grandir, à devenir adulte. Il n’est plus celui qui subit son destin, mais celui qui décide.

 

Les représentations phalliques sont évidentes. Le sabre laser, source du pouvoir, seule arme digne des Jedi, digne représentant des combats entre le père et le fils, le maître et l’élève, le bien et le mal.

Lors d’un de ces combats, Luke perd un de ses membres (l’avant-bras). Il se doit alors d’accepter ses angoisses de castration, la seule et unique façon de pouvoir investir un être aimé autre que sa mère. Une fois les angoisses acceptées, Luke a récupéré son membre et a pu se rapprocher de Léïa, représentante de l’être féminin.

 

Les derniers éléments propres aux conte de fée sont les éléments liés à la magie : la Force, les éléments religieux (Que la Force soit avec toi, L’Immaculée conception d’Anakin Skywalker…) et évidemment la fin heureuse sans laquelle nous resterions fixées à nos angoisses, sans moyen de les accepter. C’est parce que nos fantasmes existent, que notre désir de tuer le père ou la mère ne sont pas assumables que les monstres sont créés. L’histoire se terminant bien, l’idée en devient beaucoup plus acceptable.

 

J’en suis venu à écrire cette analogie entre Star Wars et les contes de fée, car pour la première fois, j’ai revu cette trilogie sans en ressentir tout le plaisir du passé. Je les ai visionné à des éléments clés de mon enfance, de mon adolescence, de mon passage à l’âge adulte. Aujourd’hui, je suis accomplie dans mon rôle de femme et de mère. J’ai donc réussi mon voyage personnel. Je me dois de raconter à mon tour à mes enfants ce conte de fée moderne pour les aider à grandir en affrontant leurs angoisses et leur fantasmes.

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