Somatisation du deuil

Je suis en train de suivre un cas typique de somatisation aigu. Ce patient est incapable d’exprimer ses ressentis émotionnels. Il semble comme éloigné des affects, des perceptions sensitives. Il possède cependant un pouvoir d’empathie extrêmement développé. Il peut vivre un événement perturbant émotionnellement sans le vivre au sens réel. Il va l’analyser, observer, faire attention au moindre de ses gestes et paroles afin d’être conforme, d’être adapté dans ses réponses. Si une connaissance se trouve à vivre une situation similaire, il va être capable de se mettre à la place de cet autre et de deviner les émotions ressenties. Il sera utiliser les mots finement, saura apaiser la douleur, dans une écoute active et bienveillante. Mais ne pourra toujours pas réutiliser ce nouveau ressenti pour affronter et vivre sa propre expérience.

Mais les émotions sont bien là. Elles s’écoulent de son corps, suintent, crient, pleurent. Mon patient est actuellement en train de surmonter le deuil de son père. Ses oreilles saignent, grattent, sont impactées par un eczéma envahissant. Ses oreilles sont enflammées, le rendent sourds au monde qui l’entoure.

Il est capable d’analyser la situation très posément : « Je n’entends plus mon père, je ne l’entendrai plus jamais. Je le sais, je sais ce que la mort signifie. Mais mes oreilles ne sont pas prêtes à l’accepter. »

Une véritable somatisation du deuil.

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